• Chapitre 10

     

    Patte de Givre se colla au sol, fourrure hérissée, ses yeux bleus nuits fixés sur l'animal qui venait d'entrer. Ce dernier possédait un fourrure lisse et lustrée, principalement noire. Seul sa queue, son ventre, son museau et  ses pattes étaient blanc. Ses yeux d'un jaune vif luisait dans l'obscurité de la caverne. Il devait avoir à peine quelques lunes de plus que la novice mais était déjà taillé comme un guerrier. L'inconnu leva son unique patte noire en l'air, dévoilant de longues griffes tranchantes.

    << Qui est tu? Que fais tu ici? >> grogna-t-il.

    Patte de Givre se redressa, plongea son regard dans celui du matou qui commençait à s'avancer. Ils firent quelques rondes, se jugeant mutuellement.

    << Réponds ! cracha-t-il. C'est lui qui t'envoie? >>

    Toujours pas de réponse. Patte de Givre releva la tête d'un air fier. Elle répondrait lorsqu'il lui demandera gentiment. Il ne l'impressionnait pas, elle se savait mieux entraînée qu'un chat domestique enfuit de sa maison. L'étranger proféra un dernier avertissement, en vain. La chatte noire et blanche n'avait pas l'intention de répondre.

    Sans plus attendre, le mâle bondit, poussant un long râle rauque. Y étant préparée, la novice roula sur le côté pour l'esquiver, prit appuie au sol grâce à ses puissantes pattes arrières, se retourna pour le culbuter et l'envoyer au loin. Le matou se releva rapidement et contre-attaqua. Il la plaqua au sol, feulant et sifflant, et planta ses griffes dans l'épaule de la jeune femelle. Pour réponse, celle ci lui mordit sauvagement la patte et donna des coups de ses puissantes pattes arrières dans le ventre fragile de l'animal. Ce dernier eut un hoquet et la griffa plus encore. Tremblante de rage, Patte de Givre feula et mit toute sa force pour le faire rouler sur le côté. L'excitation de ce premier vrai combat lui battait les tempes et lui donna plus de puissante. Elle parvient à le dégager et tenta de se relever mais déjà, le matou lui bondit à nouveau dessus, plaquant toutes ses pattes au sol, l'empêchant d'esquisser un seul mouvement. Furieuse et frustrée, elle cracha de plus belle.

    << Qui est tu? >> rugit le mâle.

    Son souffle n'était plus qu'à une queue de mulot de Patte de Givre. Celle ci cessa de se débattre et capitula. Elle savait que c'était inutile : elle avait perdu cette bataille. Ainsi, elle répondit :

    << Je suis Patte de Givre, une apprentie de la Tribu de la Lumière! Et je n'ai aucune idée de qui est ce "lui" qui pourrait m'envoyer ! >>

    Sur ces mots, le félin resta un moment sans répondre. Il la dévisagea, scrutant chaque petit détail de son visage de ses yeux jaunes. Enfin, il relâcha son étreinte et se dégagea.

    << Tu n'es pas du groupe? demanda-t-il encore, méfiant, tandis que la novice remettait sa fourrure en place.

    - Puisque je te le dit! >> rétorqua-t-elle, encore amère après sa défaite.

    Un long silence s'en suivit. Nul bruit ne venait troubler le silence, hormis celui de la langue de la novice contre les poils blancs de son poitrail.

    << Je m'appelle Noireaud. >> finit par se présenter le félin.

    Toujours rien. Patte de Givre n'avait nul envie de parler à ce chat qui venait tout juste de l'attaquer. Elle lécha distraitement la blessure qu'il lui avait infligé à l'épaule. Le sang avait cessé de couler et commençait à former une croute.
    Le mâle agita les oreilles, gêné.

    << Désolé pour ça. Je pensais vraiment que tu étais du groupe...

    - C'est quoi ce groupe dont tu n'arrête pas de parler ? >>

    Noireaud ne répondit rien. Il baissa les yeux vers le sol avant de regarder l'entrée de la caverne.

    << Puisque tu as faillit m'arracher les moustaches, j'estime que j'ai le droit de savoir! feula l'apprentie, insatisfaite.

    - Très bien. finit par lâcher le matou. Installe-toi donc, ça risque d'être long. >>

    Il désigna d'un geste de queue ample la litière de fougère. D'abord hésitante, Patte de Givre se glissa pourtant dedans et se coucha, les pattes repliées sous elle. Noireaud la rejoignit, s'installant confortablement près d'elle. Leurs fourrures se frôla et le matou eut un mouvement de recul. Il s'allongea donc un peu plus loin et commença son récit.

    << Je faisait partit d'un groupe de chats errants venus de la ville. Nous étions installés dans les bois de l'autre côté de ses collines. Skull et Voyou, nos chefs, nous ont appris à nous battre. Ils.. >> Noireaud fit une pause et détourna le regard, embarrassé.  << Ils veulent prendre un des territoires des tribus. >> Patte de Givre eut un hoquet. Noireaud lui jeta un coup d'oeil furtif. << J'en avait assez de ce mode de vie. On mangeait à peine car Skull voulait qu'on se concentre sur le combat et que presque personne ne savait chasser. J'ai décidé de partir et de tenter ma chance tout seul. >>

    Patte de Givre resta sans voix. Elle se sentit mal pour le jeune félin. Prise dans un élan de compassion, elle esquissa un geste pour toucher le front du mâle avec son museau mais celui ci tourna la tête au dernier moment. L'apprentie soupira doucement et regarda les alentours à nouveau. Elle se rendit alors compte que le ciel s'assombrissait de plus en plus, plongeant la cavité dans l'obscurité. Alors, elle se souvient qu'elle devait rentrer avant que l'on ne s'aperçoive ne son absence. La femelle se leva et s'étira souplement. Noireaud releva la tête, les yeux brillants de curiosité.

    << Où vas-tu?

    - Je dois y aller. Ma tribu doit s'inquiéter pour moi. >>

    Patte de Givre savait très bien que personne n'avait remarquée qu'elle était absente. A part, peut être, sa collante de soeur et son idiot de mentor, tout deux toujours derrière son dos. Elle fit sa toilette, commençant par son poitrail. Ses longs poils étaient déjà tout emmêlés et de petits morceaux de fougère s'y étaient glissé.

    << Très bien. fit le matou d'une voix distraite. Euh.. tu comptes leur parler de moi? >>

    L'apprentie se stoppa, la langue sortit. Elle n'y avait pas réfléchit. Elle soupira. Alors qu'un autre apprenti l'aurait dénoncé sans hésitation, la novice s'y refusait. Elle ne savait pourquoi mais quelque chose en elle lui disait de ne rien dire. Elle fit non de la tête.

    << Par contre, tu ne vas pas pouvoir rester ici. >>

    Le matou eut un hoquet de surprise, il allait rétorquer mais la femelle le prit de cours.

    << Tu es trop près de la frontière, quelqu'un pourrait te repérer et j'aurais de gros problèmes. Tu seras plus en sécurité ailleurs. >>

    Devant la mine attristé du félin, une étrange sensation l'assaillit et elle poussa un soupir.

    << Je t'aiderai si tu veux! >> s'écria-t-elle.

    L'apprentie aperçut une lueur enjouée passer dans l regard de Noireaud, mais très vite, elle disparu et il secoua la tête.

    << Je peux me débrouiller seul. Si tu as si peur que je t'attires des ennuis, ne reviens pas. >>

    Peiné, Patte de Givre baissa la tête et se dirigea vers la sortie. Avant de sortir, elle se tourna et vit l'air triste du matou.

    << Je viendrais quand même. Ici, au zénith. >>

    Et elle fit un pas de plus. Le froid présent à l'extérieur l'assaillit et elle dut gonfler sa fourrure pour s'en protéger. La chatte noire et blanche leva les yeux au ciel. Le soleil baignait le monde d'une aura orangée, tandis qu'il était déjà couper en deux par la limite de l'horizon. Patte de Givre prit aussitôt le chemin du camp, au petit trot.
    Elle ne s'arrêta que devant la barrière de fougères où elle fit sa toilette complète, afin que personne ne sache avec qui elle était. Enfin, elle entra. Une partie des félins étaient réunis dans la clairière, ils discutaient et accomplissaient le partage. Pleine d'espoir, la jeune chatte jeta un coup d'oeil vers le tas de gibier. Il ne restait que deux souris bien maigres et une grive peu appétissante. Avec un soupir, le novice s'y dirigea. Elle allait saisir la grive quand une voix l'interrompit. Elle se retourna et se trouva museau à museau avec son mentor, Croc d'Argent. Celui ci lui lançait un regard sévère.

    << Tu ne ramènes pas de gibier? >>

    Honteuse, l'apprentie baissa la tête. Elle avait totalement oubliée qu'elle devait chasser pour la tribu. J'aurais dut attraper quelque chose avant de revenir! se blâma-t-elle.

    << Pas de gibier, pas de repas. déclara le lieutenant, sans attendre sa réponse. Va donc apporter ta part à quelqu'un qui le mérite. >>

    Dépitée, la femelle fit mine de se diriger vers la pouponnière, l'oiseau à la gueule mais son mentor l'arrêta.

    << Ta soeur à déjà nourrit les reines. Apporte le aux anciens. >>

    Patte de Givre se retient de grogner et marmonna son acquiescement avant de partir vers la tanières des doyens, le coeur lourd, l'estomac vide.

     

     

     

    Patte de Givre bondit et d'un coup de croc habile brisa la nuque de la musaraigne. Son ventre gargouilla tandis qu'elle enterrait sa proie. Croc d'Argent l'avait envoyé chasser pour les reines et les anciens, punition pour son comportement de la veille. La femelle devait attraper au moins trois proies et cela le plus vite possible si elle voulait retrouver Noireaud à midi. La femelle avait déjà attrapée un étourneau quelque peu maigrichon et à l'instant, une musaraigne. Elle soupira, épuisée et affamée et continua sa route. Le soleil brillait faiblement ce jour là, le rendant plutôt bon.
    Ce dernier était déjà haut dans le ciel.

    L'apprentie fouilla encore un moment dans les bois mais ne trouva rien. Le soleil ne cessait de monter et serai bientôt à son zénith. Mais la chatte savait que c'était inutile de rentrer les pattes vides, avec seulement deux proies au lieu de trois.

    Ainsi elle resta encore un moment jusqu'à trouver une autre musaraigne. Lorsqu'elle eut enfin ses trois proies, la chatte hésita à rentrer. Croc d'Argent lui avait pour ainsi dire ordonné de faire le plus vite possible. Mais si elle rentrait maintenant, il ne la laisserait certainement pas tranquille et elle serai encore plus en retard. Ainsi, elle décida de déposer ses prises à l'entrée du camp avant de partir directement rejoindre Noireaud. 

     

    La femelle filait, courant le plus vite possible. Le soleil avait dépassé son zénith : elle était en retard. Faire un détour par le camp lui avait coûté beaucoup de temps et elle était à l'autre bout du territoire.  Patte de Givre arriva enfin. Elle retrouva facilement la caverne. Noireaud se tenait devait, allongé, les pattes replié sous lui, le regard perdu dans le vague. Lorsqu'il la vit, les yeux jaunes du mâle pétillèrent. Il s'assit bien droit et attendit que la chatte monte.

    << Tu es venu. soupira-t-il lorsqu'elle fut à sa hauteur.

    -  Tu en doutais? >> s'étonna Patte de Givre.

    Le jeune matou détourna le regard, mal à l'aise.

    << Honnêtement, oui. >> Il croisa le regard bleuté de la chatte. << Je veux dire, on se connait à peine et tu n'as aucune raison de m'aider. >>

    Patte de Givre émit un ronron amusé. A vrai dire, elle ne savait pas non plus pourquoi elle voulait l'aider mais elle le voulait. Doucement, elle tendit la tête pour poser son museau sur la joue de Noireaud. Cette fois ci,, le mâle n'esquiva pas le geste. Une fois que la petite chatte eut retirer son museau noir, le félin sombre semblait gêné. Il déclara :

    << Bon, allons-y. Ou veux tu que je m'installe?

    - Loin de la frontière. Pourquoi pas en haut des collines? >>

    Le matou sembla hésiter un instant avant de hocher la tête. Les deux félins grimpèrent donc la haute colline, tandis que le soleil scintillait sur leur poil.

    Enfin, ils arrivèrent en haut. Un vent fort soufflait. Patte de Givre regarda en bas. D'ici, elle voyait presque tout les territoires. Au loin, elle pouvait distinguer quelques formes se mouvoir près de la frontière entre son territoire et celui de la Tribu de l'Eclair. La chatte distinguait également l'Île aux Assemblées, baignée d'une aura ensoleillée déstabilisante pour Patte de Givre qui avait l'habitude de la voir de nuit. Noireaud se colla à elle.

    << C'est donc ça t'as maison? demanda-t-il.

    - Oui. Ici -elle désigna un tas d'arbres  - c'est le camp de la Tribu de la Lumière, ma tribu. Et jusque là bà et ici - elle montra les deux frontières -, c'est notre territoire. Ensuite à côté, c'est le territoire de la Tribu de l'Eclair, et en haut à gauche celui de la Tribu des Ténèbres. Et le dernier, c'est la Tribu de la Pluie.

    - C'est grand. >>

    Patte de Givre se sentait bien, ici, avec Noireaud, leurs poils se mêlant et la réchauffant. Mais cet instant fut brisé par le matou qui se releva.

    << Bon, où es ce que je pourrais installer ma tanière.

    - Descendons un peu, il y aura peut être une autre crevasse comme la tienne. >>

    Mais le flanc de la colline était lisse comme une flaque d'eau. Les deux chats ne trouvèrent rien d'assez grand pour s'y faufiler. Finalement, ils se retrouvèrent à l'orée des bois inconnus. Là, la novice repéra une souris plutôt dodue qui grignotait une faine. Patte de Givre se mit en position et bondit, tuant d'un coup le rongeur. Son ventre se retournait tant elle avait faim. Aussi, elle n'hésita pas et mordit avidement dans la proie. Voyant que Noiraud la dévisageait, elle l'invita d'un geste de queue à la rejoindre. Le matou ne se fit pas prier et très rapidement, seul les os du rongeur restèrent. Noireaud les pris afin de les enterrer.

    Curieuse, Patte de Givre fit quelques pas dans cette forêt à la réputation si dangereuse. Elle continua un peu quand elle se rendit compte que Noireaud ne la suivait pas.

    << Tu viens?

    - Je... Je ne voudrais pas m'installer trop près du groupe... bafouilla le matou en détournant le regard. >>

    La femelle noire et blanche s'approcha un peu.

    << Ils ne sont pas aussi  près des collines n'est ce pas.>>  chuchota soudainement la chatte.

    Elle se sentit soudain mal à l'aise. Comme si elle était épiée. Noireaud émit un petit rire devant le changement d'attitude de la chatte. Il reprit vite son sérieux et miaula :

    << Non, mais....  >>

    Patte de Givre lui donna un petit coup de patte sur l'oreille, joueuse et s'enfuit en courant dans les bois tentaient d'une magnifique lueur orangée.

    << Tu ne m'attrapera jamais! >> le nargua-t-elle.

    Un bruit de cavalcade lui indiqua que le matou s'était lancé à sa poursuite. L'apprentie courut aussi vite qu'elle put, esquivant les racines des arbres, faisant voleter les feuilles mortes derrière elle. Un cri lui fit comprendre que ces dernières atterrissaient en plein dans le visage du mâle. Prise d'une énergie nouvelle, Patte de Givre bondit par dessus la racine d'un gros chêne,, dérapa dans les feuilles et changea de direction. Elle courut en plein dans une flaque, éclaboussant ses belles pattes noires et le félin qui la suivait au pas. Elle se retourna un instant, continuant de courir pour voir où se trouvait son camarade. Ce dernier galopait, à peine une longueur de queue derrière elle.

    Soudain, Patte de Givre sentit le sol se dérober sous ses pattes. Elle vit avec horreur le vide s'étendre en dessous d'elle, le sol se rapprochant de plus en plus vite.  L'air tourbillonnait dans ses oreilles. Elle sentit de puissants crocs s'enfoncer dans sa nuque et sa chute s'arrêter. Haletante, elle se laissa porter tandis qu'on la remontait doucement. Peu à peu, le sol s'éloigna et elle revient sur la terre ferme. Là, elle se releva et contempla Noireaud, le souffle court.

    << Merci. souffla-t-elle en tentant de reprendre ses esprits.

    - Tu crois avoir plusieurs vies? grogna le mâle, bouleversé en lui léchant l'oreille avec douceur.  Fais attention! >>

    Patte de Givre releva les yeux et croisa les prunelles jaunes du matou. Celui ci continuait de lui lécher l'oreille, tentant d'échapper aux yeux bleus sombres de la femelle. Celle-ci, remise de ses émotions, se releva et regarda les alentours. A cet endroit, la terre s'effondrait, formant une crevasse profonde. La roche s'ouvrait pour laisser passer une rivière devenue cascade. Cette dernière formait une petite mare qui creusait la roche. Eblouie par la beauté e l'endroit, l'apprentie le contemplait d'en haut. Noireaud la colla, les yeux fixés sur la distance qui la séparait du bord. Pas besoin de me surveiller comme un chaton! pesta intérieurement la chatte, amusée.

    << Tu penses qu'on pourrait faire ta tanière ici? demanda-t-elle.

    - Comment veux-tu descendre en bas, cervelle de souris! C'est ce que tu essayais de faire en sautant dans le vide? >>

    La novice ronronna et lui donna une pichenette sur l'oreille.

    << C'est toi la cervelle de souris! Regarde par là! >>

    Elle désigna de la patte une petite pente qui descendait en colimaçon dans la crevasse. Les deux félins s'y engagèrent, côte à côte. Protecteur, le matou se plaça devant la chatte, qui, exaspérée, le suivait au pas, écoutant ses instructions.  Ils arrivèrent en bas. L'endroit était magnifique et le bruit de la cascade emplissait les oreilles de la jeune femelle d'une douce mélodie. Elle explora un instant les alentours, reniflant chaque petits recoins. Soudain, Noireaud l'appela. La femelle s'empressa de le rejoindre.

    << Regarde, il y a une grotte derrière la cascade. >>

    Fascinée, la jeune chatte s'approcha, suivit du mâle. De petites gouttes d'eau giclaient sur son poil blanc et noir, la faisant frissonner.  Les deux félins pénétrèrent dans la cavité rocheuse. Cette dernière était plutôt petite, illuminée par un trou dans la voûte. Une chaleur y régnait dans le fond, même si l'entrée était emplit de fraicheur.

    << C'est bien ici non? >> questionna la jeune femelle, sa voix étant portée par l'écho.

    Le jeune mâle acquiesça, se promenant dans le petit endroit.

    << Ici, ça pourrait être ta litière! Il y fais bon et il y a déjà un peu de mousse. >> s'écria Patte de Givre en bondissant sur la corniche dont elle parlait. La jeune femelle se plaça au bord du roc, la tête relevée, le poitrail bombé. << Ici, Ciel de Givre, je suis la cheffe de la Tribu de.. De la Cascade! Prosternez -vous devant moi! >>

    Noireaud se retient de pouffer et s'inclina doucement, sans quitter des yeux la petite chatte. Puis, sans crier gare, il bondit et la renversa doucement sur le sol déjà mousseux. Riant, la novice lui donna de petits coups de pattes. Après quelques instants de bagarre, les deux félins s'allongèrent, côte à côte, épuisés.

    << Parle moi un peu des tribus. ronronna Noireaud en lui léchant l'oreille.

    - Et bien, il y en a quatre, celles que j'ai t'ai montré tout à l'heure. Chacune à son territoire, et son organisation, décidé par le chef. Dans chaque tribu, le nom du chef commence par Ciel, comme Ciel Doux ou Ciel de Feuilles.

    - Ou Ciel de Givre. >>

    La femelle ronronna puis plaça sa patte devant la gueule du matou, lui intimant le silence.

    << Si les noms des chefs commencent tous par Ciel c'est pour honorer la tribu de nos ancêtres. >>

    Noireaud pointa les oreilles en avant, intrigué, ce qui fit rire de plus belle Patte de Givre.

    << Elle s'appelle la Tribu des Cieux et ses membres sont de toutes les tribus, sans aucune différence. Elle veille sur nous tous et communique au besoin avec les guérisseuses. >>

    Voyant que Noireaud était encore plus perdu, la femelle ne put s'empêcher de lui donner un petit coup de patte sur l'oreille en riant.

    << Les guérisseuses, même si il y a parfois des mâles guérisseurs, ont le nom qui commence par Fleur, et les mâles par Coeur. Elles soignent les blessures et les maladies grâce aux plantes et nous font part des messages de nos ancêtres. Ensuite, il y a les guerriers et les guerrières, eux ils chassent et protège la tribu des autres tribus ou des animaux dangereux. Ils entraînent aussi les apprentis, comme moi.

    - Donc plus tard, tu seras une guerrière? >>

     La jeune chatte hocha la tête.

    << Et enfin, il y a les reines, des guerrières qui ont des petits et les élèvent jusqu'à ce qu'ils soient en âge de devenir apprentis. Et enfin, il y a les anciens, ceux qui sont trop vieux pour être encore guerriers. 

    - Et les guérisseuses n'ont pas le droit d'avoir de chatons?

    - Si, enfin elles peuvent mais ne peuvent pas les élever tout en restant guérisseuse, ce sont les reines qui les élèvent.

    - Et s'il n'y a aucune autre reine?

    - Je n'en sais rien. >>

    Les deux félins restèrent un instant comme ça, à contempler les détails de la paroi rocheuse. Puis, Patte de Givre se releva, s'ébroua pour chasser les brins de mousse de son pelage et miaula.

    << Je dois y aller. >>

    La chatte blanche et noire sauta au sol et s'étira. Le matou la suivit.

    << Tu reviendras demain? >>

    La jeune chatte hésita. Elle savait qu'en voyant le matou, elle trahissait sa tribu. Et que cette dernière, allait avoir besoin d'elle durant la mauvaise saison. Pourtant, une envie irrépressible d'être aux côtés de Noireaud l'envahissait, la faisant trembler de tous ses membres, du bout de la queue jusqu'au moustaches. Pourtant elle résista. Son coeur appartenait à sa tribu, à sa famille, ses amis, même si elle s'y sentait seule, ce n'était pas une raison pour arrêter de se battre. Elle secoua doucement la tête, ignorant les larmes qui emplissait ses yeux.

    << Non.. souffla-t-elle. Ma tribu à besoin de moi. >>

    Les yeux jaunes du mâle s'emplirent de larmes et d'un désespoir immense. Il allait répliquer mais la femelle fit demi tour et fit le chemin inverse en courant, le coeur brisé. Elle ne se rendit même pas compte de ses pattes douloureuses et de la pluie qui se mit soudainement à tomber, comme pour accompagner ses larmes. Seule importait, la douleur naissante dans son coeur.

    L'apprentie s'arrêta soudain. Elle se trouvait à présent au beau milieu des bois de son territoire. Elle n'avait pourtant nulle envie de rentrer au camp, de devoir affronter les questions de sa soeur et le courroux de son mentor. Désespérée et seule, elle se dirige vers un jeune frêne dont l'écorce était striée de mousse et se fit une litière de fortune avant de se lover dedans. Avec un ultime soupir, une ultime larme, elle s'assoupit et se laissa bercer par un sommeil simple et hypnotisant.

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