• Chapitre 18

     

    << Ciel  d’Orage ? >>  s’annonça Bourgeon de Nuit à l’entrée de la tanière du chef. Un miaulement à peine inaudible lui parvient du fond de l’antre. En entrant, elle vit son père affalée sur sa litière. Sa santé avait dégradée depuis l’Assemblée. Voilà quatre jours qu’il n’avait pas quitté sa tanière.  Elle déposa des feuilles de pas-d’âne et de tulissage, mélangées avec des fleurs de camomille à côté de Ciel d’Orage. Le chef leva la tête, les yeux dans le vague. L’Assemblée avait ravivée sa douleur  au sujet de la mort d’Epine de Pin. Après sa mort, il avait eu du mal à s’en remettre, malgré tout il avait surmonté sa perte. Cependant, parlait d’elle à l’Assemblée avait réveillé sa peine. Il avait attrapé la fièvre et toussait beaucoup. Inquiète, Bourgeon de Nuit venait lui rendre visite très souvent.  Comme Ciel d’Orage ne réagissait toujours pas, Bourgeon de Nuit s’inclina et recula jusqu’à sortir. Déroutée par l’attitude de son père, l’apprentie se dirigea d’un pas morne vers le tas de gibier. 

    << Comment va-t-il ? >> lui demanda Fleur de Papillon en  approchant.

    Bourgeon de Nuit ne prit même pas la peine de répondre, elle s’affala sur le sol près du tas de gibier et se mit à grignoter nonchalamment une souris un peu rabougrie. Son mentor lui caressa le dos avec le bout de la queue pour la réconforter.

    << Je vais aller le voir. >> murmura-t-elle avant de s’éloigner.  

    Bourgeon de Nuit resta là à manger sa souris à la faible lueur du soleil pâle.

     

    << Rassemblez-vous. >> cria une petite voix du haut du Gros Rocher. Bourgeon de Nuit, surprise,  se tourna vers la source de la voix. Ciel d’Orage se tenait, tant bien que mal en haut du rocher, tandis que la tribu, tout aussi surprise, se réunissait peu à peu. L’apprentie guérisseuse les rejoints, les yeux toujours rivés sur Ciel d’Orage qui, si petit et faiblard qu’il paraissait, ressemblait plus à un chaton apeuré qu’à un chef.  Fleur de Papillon se tenait à ses côtés, le soutenant pour ne pas qu’il tombe.

    << J’aimerais que Pelage de Gravier s’occupe de la tribu pendant un moment. >> Il fit une pause, prit d’une quinte de toux qui fendit le cœur de Bourgeon de Nuit. << Il deviendra donc chef permanent, le temps que je me remette. >>

    Fleur de Papillon le poussa du museau vers le bas du rocher. Il sauta, malgré ses pattes tremblantes. Il heurta le roc avant de s’étaler au sol. La guérisseuse bondit aussitôt à ses côtés pour l’aider à se relever et le ramener à sa tanière.  

    Pelage de Gravier sauta sur le Gros Rocher, en jetant un coup d’œil inquiet vers son chef affaibli.

    << Ce serait un honneur. Je vais… >>

    Mais Bourgeon de Nuit n’écoutait déjà plus, elle songeait à l’image de son père, faible et malade. Et s’il mourrait lui aussi ? Elle se retrouverait orpheline. De plus, elle n’avait pas parlée  à sa sœur depuis l’Assemblée, depuis qu’elle l’avait vu discuter joyeusement avec Plume Dorée, celle-là même qui avait osée tuer sa mère, Epine de Pin.

    Pelage de Gravier  avait déjà assumé le rôle de chef, durant la lune passée, tandis que Ciel d’Orage se remettait doucement de la mort d’Epine de Pin.  Mais il c’était remis, jusqu’à ce qu’il doive de nouveau y faire face, durant l’Assemblée. Alors, peut- être s’en remettrai-t-il cette fois ci aussi ! Malgré tout, Bourgeon de Nuit ne l’avait jamais vu aussi abattu et vulnérable.

    Désespérée, elle se dirigea vers Plume Sombre qui se reposait près de sa tanière. Elle se coucha à ses côtés, sans un mot, trouvant réconfort et chaleur en son compagnon.

     

    Bourgeon de Nuit ouvrit les yeux. Elle se leva, soucieuse de ne pas réveiller Plume Sombre, lové contre elle. Elle sortit de la tanière des guerriers, prenant garde à ne pas réveiller les guerriers qui dormaient encore. L’aube ne c’était pas encore levée. Elle regagna d’un pas leste la tanière de Fleur de Papillon.

    Voilà un certain temps qu’elle dormait avec Plume Sombre dans sa tanière, pour ne pas déranger Fleur de Papillon et les malades qui passaient par là, notamment en ce moment Patte de Lueur qui était prise d’une étrange maladie. Une boule au ventre qui la faisait atrocement souffrir. Elle se réveillait parfois en pleine nuit, en hurlant. Aucun remède ne pouvait la soulager, même les graines de pavot ne servaient à rien.  Fleur de Papillon, dormait à l’entrée de la tanière, pour avoir un peu de paix, bien qu’elle passe la plupart de son temps avec Ciel d’Orage.

    Elle entra dans la tanière. Patte de Lueur dormait, ses flancs agités avec forces et le souffle rauque. Fleur de Papillon n’était pas là, elle devait encore être dans la tanière du chef. L’apprentie guérisseuse prit quelques graines de pavot pour les déposer tout contre la litière de l’apprentie souffrante. Ainsi, si elle se réveille, elle pourra soulager quelques peu sa douleur. Songea-t-elle. Elle se sentait impuissante, ne pouvant rien faire pour aider l’apprentie, à part lui donner toutes sortes de remèdes plus inefficaces les uns que les autres.

    << Elle ira bien. Murmura Fleur de Papillon, soudain apparue à ses côtés.

    - Vraiment ? Elle est au plus mal, et on ne peut rien faire pour elle ! pesta presque l’apprentie guérisseuse frustrée.

    - Tu fais de ton mieux. >> Tenta de la rassurer Fleur de Papillon en voulant lui donner un petit coup de langue entre les oreilles.

    Elle esquiva le coup de langue d’un bond. << Je n’en ai pas l’impression ! Si je faisais de mon mieux, je pourrais l’aider !

    - Personne n’y peux rien, si la Tribu des Cieux la appelée auprès d’elle, et bien qu’il en soit ainsi. >> Elle soupira. << Tu es une excellente guérisseuse Bourgeon de Nuit. D’ailleurs, il est temps que tu deviennes une guérisseuse à part entière ! Viens, je vais te mener à un endroit encore inconnu pour toi. >>

    Et elle sortit de la tanière. Poussée par la curiosité et l’excitation, Bourgeon de Nuit la suivit au trot. Elle allait enfin devenir guérisseuse ! Malgré toutes ces jérémiades et ses caprices, son horreur de la guerre et du sang, Fleur de Papillon la pensais prête à devenir une vraie guérisseuse !

    Elle allait sortir du camp qui s’éveillait, quand un cri les retient.

    << Bourgeon de Nuit attend ! >>

    Elle se retourna et vit Plume Sombre qui accourrait vers elles.

    << Bourgeon de Nuit ! Je dois te parler !  >>

    L’apprentie guérisseuse jeta un coup d’œil à Fleur de Papillon. << Je regrette, je dois y aller, je vais enfin devenir guérisseuse !

    - Je sais ! >> souffla son compagnon.

    Elle le dévisagea, surprise.

    << Comment ?

    - Vas-y, intervient Fleur de Papillon. Mais ne traîne pas trop. >>

    Plume Sombre l’entraîna derrière un buisson de ronce.

    << Bourgeon de Nuit, c’est vraiment ce que tu veux ? Tu veux vraiment être guérisseuse ? >> s’enquit Plume Sombre.

    La petite chatte noire réfléchie. Certes, elle avait choisis cette voix pour éviter la guerre. Oui, au départ, elle doutait aimer soigner des plaies pleines de pue et des chats aux pelages dégoulinants de sang. Mais à présent, elle savait que la vie de guérisseuse était bien plus que cela, elle pouvait vivre une vie simple, libre et facile, soigner de petites plaies comme les plus malades des félins. Elle voyait des chatons naître, grandir jusqu’à devenir apprentis. Elle pouvait sauver des vies, et ensuite voir la joie sur le visage des félins. Certes, certains cas comme Patte de Lueur, n’apportait que peine et douleur. Mais, il en était ainsi, et elle devait y faire face pour pouvoir soigner sa tribu. Voir le bonheur d’une reine venant de mettre bas, ou celui d’un survivant était la plus belle des vies. Elle le comprenait à présent.

    << Oui. C’est ainsi que je vois ma vie. >>

    Le matou soupira et lui effleura le museau.

    << Alors tu as fait ton choix, tu sais que rien ne sera plus comme avant entre nous. On suit deux voies différentes, j’en ai à présent pleinement consciente. Je t’aime, mais tu vas devoir plus penser à toi qu’à moi, et devenir une grande guérisseuse. Tu ne pourras plus d’éclipser en pleine nuit pour venir me retrouver et partir faire une balade au clair de lune. Non, tu devras rester auprès des malades et les soigner. C’est cela ton avenir, pas moi.>>

    Bourgeon de Nuit lui lécha le front.

    << Oui, mais tu as ta place dans mon avenir. Je t’aime, et nous sommes liés. Plus que tu ne le croit. >>

    Il resta interdit.

    << Comment cela ? >>

    Bourgeon de Nuit prit une grande inspiration. Il lui fallait maintenant avouer un lourd secret. Un secret qu’elle n’avait dit à personne. Une crampe dans l’estomac sembla l’encourager. Elle prit une grande inspiration.

    << J’attends des chatons, Plume Sombre. >>

    Le matou ne broncha pas. Puis, il ronronna si fort qu’on aura dit un orage d’une des plus grandes tempêtes.

    << Nos chatons ! On va avoir des chatons ! s’écria-t-il.

    - Oui, murmura Bourgeon de Nuit. Nous allons avoir des chatons, nous allons les élever ensembles et faire d’eux de grands chats. Nos chatons. >>

    Ils restèrent là, à se dévisager, la joie dansant sur leurs visages. Ils s’effleurèrent le museau. Puis, lentement, Bourgeon de Nuit recula.

    << Je dois y aller. Je dois devenir guérisseuse. >>

    Il l’encouragea d’un ronronnement comblé, et elle partit rejoindre son mentor. Elles s’enfoncèrent dans la forêt. Bourgeon de Nuit regarda une fois en arrière. Elle allait devenir guérisseuse.

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