• Chapitre 2

    Petite Boule de Givre ouvrit les yeux. Tout d'abord, sa vue se troubla, puis peu à peu cela prit place dans son esprit. Lentement, ignorant le tremblement de ses pattes, elle s'assit. La chatonne constata avec surprise qu'elle se trouvait dans la tanière du guérisseur. D'un coup, tout lui revient : elle, sa sœur, le Chemin Grondant, ce monstre, la douleur. Elle frissonna.

    << Tu es enfin réveillée. >> miaula une voix derrière elle.

    Se retournant, elle reconnut la fourrure blanche tacheté de différents bruns de Cœur Vif, le guérisseur. C'était un félin sympathique, ne cherchant pas d'ennui. Même s'il était rare qu'un mâle soit guérisseur, ce rôle lui allait parfaitement. Cœur Vif s'approcha et renifla doucement quelque chose derrière la chatonne. Petite Boule de Givre se contorsionna et vit avec effroi que sa belle queue poilue, n'était plus qu'un moignon et ses long poils blanc coupés grossièrement, par le guérisseur lui-même sans doute. Elle crut un instant que ses pattes n'arriveraient pas à la porter tant elle tremblait. Cœur Vif lui jeta un coup d'œil peiné.

    << Je suis désolé, je n'ai rien pu faire pour la sauver. C'était une belle fracture, le monstre ne t'a pas loupé. >>

    Tandis que le matou parlait, Petite Boule de Givre se recoucha, les pattes repliées sous elle. Le guérisseur n'insista pas et s'éloigna un instant, disparaissant derrière une colonne de pierre, avant de revenir avec une boule de mousse trempée et de la déposer devant la petite chatte. Se rendant compte de sa soif, Petite Boule de Givre but avidement les gouttes qui perlaient la mousse tandis que Cœur Vif appliquait différentes plantes à l'odeur forte sur sa queue. Le lierre qui couvrait l'entrée du rocher qui abritait la tanière frémit et la silhouette rousse sombre de Bourgeon d'Erable apparut. Celle-ci revenait de cueillette, à en juger par les nombreuses herbes qu'elle portait. L'apprentie guérisseuse les déposa dans un creux avant de s'approcher.

    << Bonjour, Petite Boule de Givre, enfin réveillée ? Veux-tu que j'aille prévenir sa mère Cœur Vif ? >>

    Le guérisseur lui donna son accord d'un signe de queue, la gueule pleine d'herbes et l'apprentie fila. Petite Boule de Givre eut soudain très chaud en s'imaginant sa mère découvrir sa queue mutilée. Elle soupira.

    << Ne t'en fais pas. la rassura le guérisseur en s'éloignant d'un pas léger. Douce Lune, Œil de Mulot et ta sœur sont venus te voir sans cesse depuis l'accident.

    - Combien de temps j'ai dormi ? articula la chatonne, même si les mots s'enraillaient dans sa gorge.

    - Deux jours. >>

    Petite Boule de Givre hoqueta. Le guérisseur disparu entre les roches. Le lierre frémit à nouveau et cette fois, ce fut les fourrures familières de sa mère et de sa sœur qui apparurent. Petite Pluie bondit jusqu'à elle mais s'arrêta en voyant sa queue. Devant l'air attristé de sa sœur, Petite Boule de Givre comprit qu'elle se sentait coupable. Pour la rassurer, elle alla fourrer son museau dans sa fourrure en ronronnant. Douce Lune arriva et lécha si fort le front de la chatonne noire et blanche que celle-ci crut qu'elle allait tomber à la renverse. Tentant de se dégager de l'emprise de la chatte, elle remarqua l'air enjouée de Petite Pluie.

    Des bruits de pas se firent entendre. Quelqu'un venait d'entrer dans la tanière. Petite Boule de Givre tordit le cou pour voir. Un grand mâle, au long pelage gris et blanc se tenait là, une souris à la gueule. Ses yeux cendrés brillaient de bienveillance. La chatonne blanche et noire reconnut sans mal Œil de Mulot, son père. Le matou ressemblant énormément à Petite Pluie tandis que Petite Boule de Givre, elle, avait le même pelage que Douce Lune. Cette dernière frôla le museau de son compagnon en ronronnant. Petite Boule de Givre échangea un regard avec Petite Pluie. L'une et l'autre savait ce qu'elles pensaient : auraient-elles un jour, elles aussi, un compagnon aussi aimant ?

    Œil de Mulot déposa sa souris au sol, devant la chatonne.

    << Tiens, mange, il faut que tu reprennes des forces. >> murmura-t-il.

    La chatonne blanche et noire le remercia d'un ronron et attirant d'une patte le rongeur jusque dans son nid mordit à pleins crocs dedans. La chair chaude et savoureuse lui fit du bien. Petite Pluie se blottit contre elle et lui fit doucement la toilette. Devant les chatonnes, leurs parents les observaient d'un air attendris, tête contre tête. Cet instant fut de courte durée, Cœur Vif revint, d'autres herbes à la gueule.

    << Qu'es ce que c'est que tout ce monde ! pesta-t-il. Allez, ouste ! Comment voulez-vous que je fasse mon travail dans ces conditions ! >>

    Douce Lune et Œil de Mulot se levèrent, donnant un dernier coup de langue sur le front de Petite Boule de Givre puis, par petits coups de museau, la reine força Petite Pluie à se lever. La chatonne grise grogna un peu puis jetant un dernier regard désolé à sa sueur, sortit de la tanière.

    Petite Boule de Givre se retrouva seule, avec le guérisseur. Celui-ci examinait encore sa queue. Finissant sa souris, elle demanda.

    << Quand es ce que je pourrais rejoindre la pouponnière ? >>

    Le mâle ne répondit pas tout de suite. D'un air distrait, il mâchait une longue feuille sombre. Recrachant la pulpe sur sa patte, il l'étala sur le moignon de peau.

    << Pas avant un quart de lune, je pense. Il faut s'assurer qu'il n'y a pas d'infection et que la peau suture bien. Ah ! Et aussi que tu arrives à contrôler les mouvements de ta queue. >> Il plissa le museau, en pleine réflexion, ce qui faillit arracher à la petite chatte un rire. << Je vais te montrer quelques exercices qui tu devras faire tous les jours. >>

    Laissant ses herbes au sol, il se plaça devant la chatonne et s'assit. Il étira une patte arrière en avant, la queue dressée en l'air. Ensuite, il agita cette dernière, de haut en bas, en l'étirant au maximum. Hésitante, Petite Boule de Givre l'imita. Au départ, étirer sa queue lui arracha un cri de douleur mais peu à peu, elle s'habitua et seulement de légers tiraillements par certains moments la faisait souffrir.

    A cet instant, Bourgeon d'Erable revient. L'apprentie rousse sombre jeta un coup d'œil rassurant à la chatonne avant de rejoindre d'un pas raide sa litière et de s'y rouler en boule.

    << Très bien, Petite Boule de Givre. reprit Cœur Vif. Maintenant repose toi, tu auras besoin de forces. >>

    La petite obtempéra et se roula en boule dans la mousse, soupirant. Une question l'assaillit alors. Elle releva la tête et la posa sur le bord du nid.

    << Ciel Doux a annoncé notre punition ?

    - Pas encore. >> répondit le mâle tandis que Bourgeon d'Erable grognait, agacée par le bruit.

    Petite Boule de Givre soupira de nouveau avant de se recoucher. Doucement, elle ferma les yeux et se laissa happer par un sommeil réparateur.

    Petite Boule de Givre gémit, une patte venait de s'enfoncer dans ses côtes. Grognant, la chatonne se roula de plus belle en boule, espérant vite retomber dans le sommeil. Mais un autre coup lui parvint, et une voix miaula :

    << Petite Boule de Givre ! Réveille-toi ! >>

    Je ne serais donc jamais tranquille ? soupira intérieurement la petite femelle en ouvrant les yeux. En effet, depuis l'aube, l'antre fourmillait d'activité et les allés venus de Cœur Vif et de Bourgeon d'Erable n'avaient eu de cesse de la réveiller. La petite boule de poil blanche et noire se releva et braqua sur Petite Pluie en regard accusateur. Cette dernière se tenait au bord du nid, les pattes avant sur celui-ci, son regard vert pétillant.

    << Enfin ! Il est plus de midi ! Je m'ennuyais sans toi, moi ! s'écria la femelle grise et blanche.

    - Ce n'est pas une raison pour me réveiller ! Je faisais un super rêve ! >> grommela Petite Boule de Givre en se donnant de petits coups de langue sur le poitrail.

    Petite Pluie l'ignora et commença à s'éloigner vers la sortie. Sa sœur l'a rattrapa en quelques bonds, excédée.

    << Au fait, tu rêvais de quoi ? s'enquit gentiment Petite Pluie en lui donnant un petit coup de tête amical.

    - Que tu n'étais pas là. >> grogna Petite Boule de Givre en accélérant le pas pour sortir la première.

    Sa sœur l'énervait. Comment pouvait-elle venir la réveiller comme ça, alors qu'elle venait tout juste de se faire mutiler la queue ? C'était son idée ! C'est à cause d'elle si je suis dans cet état ! Pourtant, lorsqu'elle croisa le regard surpris de la femelle grise et blanche, toute sa rancœur s'évanouit. Comment ne vouloir à celle qui s'était toujours tenue à ses côtés ? Dans les bons comme dans les mauvais moments ? A celle qui l'avait veillé jour et nuit lorsqu'elle avait attrapé le mal vert à la fin de la saison froide ? Pour se faire pardonner, Petite Boule de Givre lécha doucement l'oreille de sa sœur qui ronronna.

    Les deux sortirent de l'antre du guérisseur. La lumière éblouie Petite Boule de Givre. Surprise, elle ferma les yeux avant de les rouvrir un à un. Malgré la chaleur étouffante, elle réprima un frisson : tous les regards étaient tournés vers elle. Alors qu'elle s'avançait dans la clairière, les félins qui mangeait pour la plupart ou se prélassaient au soleil, tournèrent la tête vers elle. Leurs regards étaient pointés vers son moignon de queue.

    Elle détourna le regard pour se concentrer vers la silhouette qui s'avançait vers elles. C'était un imposant matou au poil court, blanc et gris sombre. Ses yeux bleu sombre - identiques à ceux de Petite de Boule de Givre -rappelaient le ciel nocturne. C'était Croc d'Argent, le lieutenant de la Tribu est le frère de Douce Lune. Petite Boule de Givre ne l'aimait pas vraiment. Il était trop sérieux, leur disant sans cesse ce qu'elles devaient faire depuis qu'elles avaient mis le museau hors de la pouponnière.

    << Ciel Doux voudrait vous voir. >> miaula-t-il en les fixant dans les yeux.

    Petite Boule de Givre réprimant un frisson tandis que Petite Pluie hocha la tête, congédiant avec la dignité d'une guerrière le matou qui ne se fit pas prier. La chatonne blanche et noire suivit perplexe sa sœur, tentant d'ignorer les regards indiscrets qui brûlaient sa fourrure. L'inquiétude commença à lui ronger le ventre. Une part d'elle redoutait la réaction de la cheffe au poil doré. Mais autre chose, une idée bien plus sombre s'insinuait peu à peu dans son esprit, tandis qu'elle s'engageait dans le tunnel vers la clairière de la meneuse. Et si la tribu n'acceptait jamais son physique ? Et si tous les guerriers la dévisageaient toujours ? S'ils n'arrivaient jamais à voir au-delà de sa queue mutilée ? Elle sursauta quand une fourrure la frôla. Petite Pluie se tenait contre elle, un léger ronron à la gorge. Petite Boule de Givre lui lécha l'oreille. Heureusement, elle avait sa sœur et elle savait que celle-ci ne l'abandonnerai jamais.

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