• Chapitre 21

     

    Dès que Plume Sombre rentra de la chasse, Fleur de Nuit se précipita vers lui et tout deux se dirigèrent vers un coin ombragé pour déguster le lapin qu’avait attrapé le matou. Tandis que Fleur de Nuit mordait dans la chair tendre, Belle Lune s’approcha d’un pas léger.

    << Excuse-moi Plume Sombre, mais j’aimerais parler à Fleur de Nuit. >> miaula la guerrière. Quand le matou fit mine de protester, elle ajouta aussitôt d’un ton sans appel : << Seule à seule. >>

    Le guerrier donna un coup de langue entre les oreilles de sa compagne avant de partir voir Plume de Cygne qui sortait à l’instant de la pouponnière pour s’approcher du tas de gibier. 

    << Qu’il y a-t-il ? s’enquit Fleur de Nuit en reportant son attention sur Belle Lune.

    - Rien. Je voulais juste te dire que je suis heureuse que tu sois devenue guérisseuse à part entière. Je suis fière de toi, et je suis sure qu’Epine de Pin doit l’être aussi, bien qu’elle soit morte, elle veille sur nous. >>

    Le regard de Fleur de Nuit s’assombri entendant le nom de sa mère.

    << Elle me manque. Miaula-t-elle tristement.

    - Elle me manque aussi. Mais la Tribu des Cieux l’avait appelée auprès d’elle, c’est comme ça. >> Fit Belle Lune, sans aucune émotion dans la voix.

    Fleur de Nuit vit rouge en entendant les derniers mots de sa sœur.

    << C’est faux et tu le sais !  Elle n’aurait jamais dut mourir ! Tout ça c’est à cause de Plume Dorée ! feula-t-elle, sa colère soudain ravivée.

    - Elle n’y ai pour rien laisse là en dehors de ça ! cracha Belle Lune, les poils de la nuque hérissés.

    - Tu sais bien que j’ai raison ! Plume Dorée la tuée ! Mais tu t’en fiches on dirais. Epine de Pin ne représentait donc rien pour toi ?

    - Bien sur que si ! Mais Plume Dorée n’est pas une meurtrière, elle n’a jamais voulut la tuer ! >> Sur ses mots, la guerrière noire tourna les talons et s’éloigna, la tête haute.

    Fleur de Nuit resta là, immobile. Elle s’imaginait bien Plume Dorée bondir sur Epine de Pin et la blesser gravement. Elle écarta le lapin à demi-dévoré d’un revers de patte furieux. Elle n’avait plus faim. La trahison de sa sœur lui restait en travers de la gorge. Comment peut elle être aussi aveugle ? Plume Dorée à tuée ma mère !  Divaguant dans ses douloureuses pensées, Fleur de Nuit n’entendit pas Plume Sombre s’approcher.

    << Plume de Cygne m’a dit que Jolie Goutte avait mis bas, leurs petits sont adorables, j’ai hâte que… >> Il se tût en voyant la mine effondrée de sa compagne. Il se précipita aussitôt pour la réconforter. Il l’aida à se relever du bout du museau et la guida jusqu’à l’antre des guérisseuses où il se coucha près d’elle, lui murmurant des mots doux à l’oreille. Fleur de Nuit se laissa réconforter et cajoler, puis lentement, se laissa sombrer dans le sommeil.

     

    Quand elle se réveilla, la nuit était tombée. Les étoiles scintillaient dans le clair-obscur.  Elle se leva en prenant garde à ne pas réveiller Plume Sombre et sorti hors de la tanière. Tout le monde dormait. Seule Belle Pâquerette était éveillée, elle montait la garde à l’entrée du camp. Fleur de Nuit traversa le camp, passant devant l’antre de Ciel d’Orage.

    << Maintenant dors, Ciel d’Orage, tu as besoin de reprendre des forces. Murmurait Fleur de Papillon. Ensuite j’irais te chercher une proie pour quand tu te réveilleras. >>

    Fleur de Nuit ne l’avait jamais entendue parler avec une tel douceur. Quel déchirement pour elle de savoir qu’elle restera toujours qu’une guérisseuse à ses yeux !  compatit la petite chatte noire. Elle prit alors compte de la chance qu’elle avait d’avoir Plume Sombre, le félin qu’elle aimait de tout son cœur et qui lui rendait son amour.

    Elle passa ensuite devant la pouponnière où elle s’arrêta un instant. Elle jeta un œil discret à l’intérieur. Jolie Goutte et Plume de Cygne dormaient. Trois petites boules de poils étaient blotties contre eux.  C’était paisible. En tendant l’oreille, Fleur de Nuit parvient à entendre leurs respirations paisibles. Elle perçut tout de même un léger sifflement dans celle de Petite Boule de Granit et se dit qu’il faudrait lui donner du miel pour lui éclaircir la gorge. Elle songea alors en frissonnant qu’elle irait bientôt les  rejoindre dans la pouponnière, pour élever aussi ses chatons.

    Fleur de Nuit soupira, heureuse. Elle gagna la sortie du camp.

    << Où va tu ? la questionna le femelle beige et crème qui montait la garde.

    - Juste faire un petit tour. Miaula la femelle noire.

    - D’accord, reviens vite et sois prudente, n’oublies pas qu’il y a toujours un blaireau en vadrouille. >> La prévient gentiment Belle Pâquerette.

    Fleur de Nuit la rassura d’un signe de tête avant de disparaître dans les bois sombres. Elle avait besoin de faire un tour, de réfléchir. Tandis qu’elle s’avançait, sans trop savoir où, elle ruminait ses  pensées.

    Elle songeait à quand elle était encore un petit chaton qui jouait avec Petite Lune et Petit Cœur Sombre. Puis à ses débuts en tant qu’apprentie guérisseuse, sa première Assemblée, la naissance des petits de Perle Rousse, la mort de Cœur  Noble,   puis tout les félins qu’elle avait soignée aux côtés de son mentor, la mort de sa mère, la trahison de Belle Lune et Plume Dorée, quand elle s’est rendue compte qu’elle attendait des chatons,  la maladie de Ciel d’Orage…  jusqu’à son baptême de guérisseuse.

    Elle se rendit alors compte que ses pattes l’avaient menée jusqu’au fleuve et au pont  des Sans-Queue.  Elle le traversa d’un pas léger.  Elle courut dans les bois sombres, évitant les fourrés et les ronces. Sa fourrure noire voletait dans l’air frais. Ses yeux jaunes luisaient dans le noir.

    Elle s’arrêta juste au bord du Chemin Grondant.  Elle fit une pause et s’assis. Elle se mit à se lécher la patte avant. Elle s’immobilisa soudain, une douleur vive venait de se faire sentir dans sa patte arrière. Elle se contorsionna et examina attentivement son coussinet. Elle repéra une épine plantée dedans. Elle se lécha le coussinet pour faire sortir le bout de l’épine et une fois que ce fut fait elle retira le bout en le saisissant entre ses crocs et en tirant d’un coup vif. Elle lécha ensuite la plaie.

    Elle s’immobilisa, l’oreille aux aguets. Elle venait d’entendre un bruit que tout les chats de la forêt craignaient. Elle releva la tête et vit un monstre qui fonçait droit sur elle.  Elle n’avait pas le temps de fuir, la créature était à deux longueurs de queues d’elle. Trop tard ! Tribu des Cieux accueillez-moi et permettez-moi de veiller sur mes camarades !  pria-t-elle silencieusement. La créature n’était plus qu’à un poil de souris d’elle. Fleur de Nuit se prépara au choc.

    Contre toute attente, le monstre s’arrêta juste devant elle. Elle releva la tête, étonnée. Un Sans-Queue sortit du monstre et se dirigea, une patte tendue en avant. Fleur de Nuit se tapie contre le sol, apeurée. Le Sans-Queue l’attrapa. La guérisseuse poussa un miaulement rauque en se débattant. Malgré tout, le Sans-Queue la saisie et la balança dans le monstre. Fleur de Nuit se sentait seule et perdue. Tandis que le monstre repartait en trombe, la petite chatte noire se recroquevillait dans le ventre du monstre.  

     

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