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    Tempête de Neige contempla ébahie celle qui l'avait mise au monde. Assise bien droite, Oeil de Lune déposa au sol le chaton qu'elle tenait dans la gueule avant de miauler d'une voix suave :

    << J'ai attendu ce jour depuis si longtemps, ma fille. >>

    Le chaton, une petite femelle blanche et grise argenté aux mêmes yeux bleus que sa mère se leva d'un pas hésitant. Tempête de Neige reconnut Petite Boule Eclatante, sa soeur. Cette dernière était sans doute morte peu après leur naissance car la chatte n'avait aucun souvenir de la chatonne. Petite Boule Eclatante pencha la tête en s'approchant de la guerrière puis planta ses yeux glacés dans les prunelles vairons de sa grande soeur.

    << Qui es tu? Pourquoi ton odeur ressemble à celle de maman? >>

    Tempête de Neige leva les yeux envers Oeil de Lune qui observait attendrie la scène. Bien qu'elle en lui en voulait énormément, la chatte blanche et noire n'avait aucun raison de blâmer la chatonne. Ainsi, elle se pencha doucement vers la petite qui abattit ses minuscules pattes sur son museau.

    << Je suis Tempête de Neige, ta soeur. >>

    Petite Boule Eclatante retomba au sol et la fixa avec intensité.

    << Pourquoi tu n'étais pas avec maman et moi? >> La guerrière s'apprêta à répondre mais la petite n'attendit pas la suite. << Tu vas rester avec nous, dit? >>

    Tempête de Neige se redressa et fixa Oeil de Lune qui n'avait pas bougé d'un poil.

    << Nous devons parler. >> décréta cette dernière.

    La femelle de la Tribu de la Pluie hocha la tête avec gravité et suivit sa mère qui s'éloignait déjà. En jetant un coup d'oeil en arrière pour voir si Petite Boule Eclatante la suivait ou non, elle aperçut la fourrure de Douce Bise et celle de Croc d'Ombre sortir des fougères. Petit Argent était là aussi et s'élança vers la chatonne avant qu'ils ne roulent au sol en poussant de petits cris de joie. Tempête de Neige se détourna et suivit Oeil de Lune. Cette dernière l'entraîna un peu plus loin avant de s'asseoir sur les racines d'un chêne, très digne, la queue repliée sur ses pattes avant. Sa fille s'assit un peu plus loin, les oreilles en arrières.

    << Je suis navrée, commença Oeil de Lune. J'aurais tellement aimé être là pour vous. >>

    Tempête de Neige ne répondit rien et agita une oreille gênée. Elle s'en fichait des excuses, rien  ni personne ne pourrait effacer la peine qu'elle ressentait à cet instant précis. Piétinant le sol de ses pattes, elle baissa la tête. Elle sursauta quand elle sentit une truffe lui frôler le front. Oeil de Lune la contemplait avec des yeux emplis de larmes.

    << Saches que je n'ai pas choisit tout ses mensonges. Mais Douce Bise à préférée ne rien vous dire pour que se soit plus facile.

    - Ce  n'est pas plus facile de tout découvrir maintenant.

    - Je sais. Mais tu es une grande guerrière, ma fille. Tu dois surmonter tout cela. >>

    Sa voix si fit plus faible et Tempête de Neige sombra dans les ténèbres.

    << Je suis si fière de toi... >>

     

    En ouvrant les yeux, Tempête de Neige se sentait étrangement bien. Encore désorientée par son rêve, elle s'assit et entreprit à se nettoyer les oreilles. Plume de Vent était sortit et elle se retrouvait seule dans la tanière.  Soupirant, elle sortit dehors. Midi était passé depuis longtemps et quelques rares félins étaient encore au camp. Tempête de Neige repéra sans mal Plume de Vent qui attendait Patte de Tonnerre qui mangeait un étourneau en compagnie de  Patte d'Ours . Le matou tricolore faisait sa toilette. Il se léchait les coussinets, les griffes écartées.  Attendri, la chatte s'approchant en ronronnant. Lorsqu'il la vit, le mâle reposa la patte au sol et ronronna à son tour.

    << Comment vas-tu? s'inquiéta-t-il.

    - Mieux.  assura-t-elle en s'asseyant.

    - Tu as faim? >> s'enquit le matou en lui léchant l'oreille.

    Tempête de Neige ronronna un oui et le matou fila sans attendre vers le pile de gibier bien maigre. Il revient, une musaraigne bien grasse dans la gueule. La femelle le remercia avant d'attaquer sa proie. La chair était encore chaude et savoureuse. Une fois qu'elle eut finit, elle vit Patte de Tonnerre se redresser et demander.

    << On y va, Plume de Vent? >>

    L'interpelé sembla hésiter. Il jeta un coup d'oeil rapide à Tempête de Neige avant de répondre :

    << Va plutôt chasser avec Patte d'Ours et Tempête de Feuille. Je reste avec Tempête de Neige. >>

    L'apprenti fit mine de protester mais se ravisa, il se leva et suivit de Patte d'Ours alla retrouver la lieutenante. Plume de Vent lécha le front de sa compagne.

    << Tu sais, tu n'es pas obligé de rester avec moi. fit remarquer cette dernière.

    - Ca me fait plaisir!

    - Bon, alors on va chasser? >>

    La chatte se leva et s'étira, prête à partir en forêt. Mais le matou ne broncha pas.

    << Non, il faut que tu te reposes. déclara-t-il.

    - Quoi, mais je ne suis pas impotente! Je peux encore chasser! On ne va pas rester au camp toute la journée à ne rien faire!

    - Pas à ne rien faire. Allons changer la litière des anciens et celle de Poil Scintillant! On pourra aussi t'en faire une dans la pouponnière comme tu iras bientôt! >> Ses yeux scintillaient tant il semblait heureux.

    << Tu veux te débarrasser de moi, c'est ça? >> Ronronna la chatte avant de partir en courant en direction de la tanière des anciens.

    Tout ses craintes à propos de ses rêves et de ses origines envolées, Tempête de Neige était heureuse. Quel bonheur d'être avec Plume de Vent.

     

    Les deux félins exténués s'écroulèrent au sol. Ils avaient passés l'après midi à changer les litières de tout le monde, anciens comme reines, comme guerriers et apprentis. A présent, ils étaient blottis l'un contre l'autre, le poil hérissé pour se protéger du froid mordant, sur un petit rocher au bord de l'étang qui bordait le camp. Ils faisaient leur toilette.

    Le crépuscule tombait et les félins rentraient au camp pour le repas, ramenant parfois une souris ou un oiseau dans la gueule. La pile de gibier fut bientôt regarnie, du moins en partie. Les apprentis allèrent chercher une pièce de gibier pour les anciens et les reines tandis que les autres attendaient de savoir ce qu'il restait à manger. La guerrière vit Patte de Tonnerre emporter une musaraigne bien dodue ainsi qu'un mulot à Fleur de Chêne et à son apprentie tandis que sa soeur Patte de Braise tentait de persuader Perce-Oreille d'avaler un moineau. Avec le caractère bourrue et fier de l'ancien, Tempête de Neige savait que l'apprentie devrait user de ruse pour faire manger le matou avant les guerriers. Plus loin, Tempête de Feuille parlait à Ciel Argenté, à en juger par leur air ravi, elles semblaient bien s'amuser. Enfin, les guerriers allèrent se servir à manger et s'installèrent en groupe afin de déguster le peu de proies disponibles. Les apprentis mangeaient un peu plus loin, à l'entrée de leur tanière, tous blottis pour lutter contre le froid. La cheffe et la lieutenante s'installèrent avec les guerriers, partageant un corbeau. En somme, c'était une soirée des plus banales dans la vie du camp.

    Plume de Vent se leva, s'ébroua et s'étira. Son beau pelage tricolore luisait d'or sous le reflet du soleil. 

    << On y va? >> demanda-t-il en désignant d'un mouvement les félins qui mangeaient.

    Sa compagne ronronna afin de lui montrer son accord et se leva à son tour. Tout se passa alors très vite : un sifflement strident retentit de sous la pierre, une tête écailleuse fit son apparition et la bête surgit de l'ombre, piquant droit sur le ventre plein de chatons à venir de Tempête de Neige. Paralysée, la guerrière ne put qu'écarquiller les yeux, incapable d'esquisser un mouvement. Plume de Vent qui déjà se dirigeait vers la pile de gibier se retourna. Poussant un cri de guerre, il bondit et se plaça devant la chatte. Le serpent se planta dans sa nuque et le matou tomba au sol, convulsant. Le sang de Tempête de Neige ne fit qu'un tour, reprenant ses esprits, elle plongea et envoya le reptile valser. Sans remarquer les félins qui alertés par les cris s'étaient rapprochés, Tempête de Neige s'allongea près de son compagnon.

    Le félin tressaillait, un filet de sang s'échappant de sa gueule. Il fit un effort pour se redresser et colla son front à celui de sa compagne.

    << Je t'aime. murmura-t-il. Prends soin de nos petits, je veillerais toujours sur vous. >>

    Lentement, il tomba à la renverse et la dernière chose qu'il fit fut de lécher doucement le front de Tempête de Neige.  Cette dernière, totalement détruite, se laissa tomber au sol contre le corps encore chaud de son compagnon. Suis-je vraiment destinée à perdre tout ceux qu me sont chers? Oh, Tribu des Cieux, pourquoi êtes vous aussi cruels?


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