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    Fleur de Nuit ouvrit les yeux. Une fois habituée à l’obscurité, la femelle se leva doucement. Elle ne voulait pas réveiller ses chatons. Elle avait décidée de partir. De les laisser derrière elle. Le cœur lourd elle regarda une toute dernière fois ses petits. Elle se pencha pour humer une dernière fois leurs odeurs. Elle lécha le front de Gribouille pour celui de Racaille mais lorsqu’elle se pencha vers Lilas celle-ci ouvrit les yeux.

    << Maman ? Tu dors pas ? miaula-t-elle en découvrant de petites dents pointus.

    - Non mon cœur, je vais faire un tour, je… je reviens. >>

    Fleur de Nuit se pencha et lécha le haut du crâne de sa fille qui se recoucha en ronronnant. La femelle noire ravala un sanglot. Elle s’éloigna de quelques pas, se retourna pour contempler une toute dernière fois ses chatons. Quel déchirement ! Elle courut presque dans le nid. Elle atteint enfin le bout du nid d’où elle pouvait sortir. Elle poussa du museau la chatière avant de bondir au travers. Elle traversa le jardin à toute hâte, ne voulant pas rester trop longtemps de peur de changer d’avis. Au moment de sauter par-dessus le muret, elle sentit une odeur futile et amère. Elle se retourna et vit une plante  aux feuilles velues. La guérisseuse s’approcha et vit alors de petites étoiles sur les feuilles.

    << C’est de l’épiaire laineuse. Une plante très rare qui redonne des forces. >> fit une voix douce et familière.

    Fleur de Nuit se retourna et vit Fleur Douce qui la contemplait du haut du muret. L’ancienne bondit dans l’herbe rase.

    << Tu as fait le bon choix, ma chère.  >> miaula-t-elle avant de disparaître soudainement.

    Fleur de Nuit soupira et cueillie quelques feuilles douces et velues. Elle en avala une. Elle grimaça, la plante avait un goût infect.  Elle prit le reste et bondit sur le muret. Elle lança un dernier regard en arrière avant de sauter de l’autre côté du muret.

    A l’instant même où elle posa la plante au sol, une plainte douloureuse résonna en tout son être. Adieu, mes chers chatons. Je suis désolée. Soupira-t-elle à l’intérieur en s’avançant  à travers la multitudes de jardins de Sans-Queue. Par  où se trouve la forêt ? Elle renifla l’air et sentit une forte odeur de pluie. Un orage approche. Elle leva les yeux vers le ciel qui s’emplissait de nuages sombres. Un vol de choucas la survola. Fleur de Nuit les suivit du regard pour voir vers où ils se dirigeaient. Par là ! Ces oiseaux se rendent à leurs nids ! Prise d’une bouchée de fierté, la guérisseuse pris la direction indiquée.

    Tout le long du chemin hors de la ville, une seule et unique pensée tourmentait Fleur de Nuit… Avait-t-elle fait le bon choix ? Elle avait abandonné ses chatons car une vieille chatte lui avait dit qu’ils étaient spéciaux ! Oui ils étaient spéciaux, spéciaux à mon cœur. C’étaient mes chatons et j’ai tout gâchée… soupira la femelle. J’aurais dût les ramener à la forêt lorsqu’il était encore temps. Je suis restée que pour moi, mes petits auraient pût rentrer bien avant, mais je me plaisais loin de la forêt. La vie était simple et douce. J’aurais dût rentrer et élever mes petits avec Plume Sombre, ils seraient devenus de grands félins, un d’entre eux auraient même put être mon apprenti ! Mais j’ai choisis d’être lâche et égoïste. Je suis désolée mes pauvres chatons, tellement désolée. Au moins vous n’aurez pas à subir l’horreur qu’est la guerre et vous serrez en sécurité, mais ce n’est pas une excuse.

     

    La guérisseuse atteignit enfin la forêt. Le vent c’était levé et tordait étrangement les branches des arbres. Fleur de Nuit  en avait assez, elle voulait rentrer au plus vite, se peloter contre Plume Sombre et dormir. Ses pattes étaient endolories. Elle se tenait près de l’entrée du territoire de la Tribu de l’Eclair. Si elle voulait rejoindre son territoire, il fallait encore qu’elle marche un moment le long de la frontière avant de pénétrer dans les terres. Alors que si elle coupait à travers le territoire ennemi, elle irait plus vite. Epuisée et perdue, la jeune chatte n’hésita pas longtemps. Elle franchie la frontière d’un bond et continua nonchalamment sa route.

    Elle n’était plus loin de son territoire quand un cri de guerre retentit et un félin au pelage fauve tigré surgit des fourrés  et la plaqua au sol. La guérisseuse poussa un cri strident et battit des pattes tel un chaton sans défense. D’autres félins sortirent des fourrés, parmi eux un félin noir et roux et une femelle que Fleur de Nuit connaissait bien, Plume Dorée. Le matou orangé montra les crocs en grognant.

    - Qui es-tu ?

    - Je suis Fleur de Nuit.

    -  Fleur de Nuit ? >> s’étonna-t-il en la reconnaissant. Il s’écarta la laissant se relever. << Que fait tu ici ? Tout le monde te croyait morte ? >>

    La chatte noire toisa Plume Dorée d’un œil mauvais. Elle fit face au félin au pelage fauve et répondit d’une voix où pointait l’impatience.

    << Je rentre chez moi. Et le reste ne te regarde pas.

    - Très bien. Rejoins donc ton territoire, tes camarades t’attendent. >> miaula courtoisement le mâle en s’inclinant poliment.

    Fleur de Nuit repartie la queue haute. Elle savait qu’ils l’observaient toujours, guettant un retour en territoire ennemi. Avant de disparaître dans les buissons, la guérisseuse se retourna et croisa le regard de Plume Dorée, elle montra les crocs et s’évanouie dans la nature.

    Elle approchait du camp quand elle sentit une odeur fraîche et familière sur une fronde de fougère. Cœur de Glace !  Elle suivit la piste, le museau coulé au sol. Soudain, un cri menacant retentit derrière elle.

    << Qui es-tu ? gronda une voix un peu plus familière.

    - Plume Sombre ! >> se réjouie la chatte noire.

    Le matou surgit d’un buisson de houx et se plaça devant elle, suivit de deux autres félins, Cœur de Glace ainsi que Patte Noire qui avait beaucoup grandie.

    << Comment connais-tu mon nom ? l’interrogea le chat gris tigré, visiblement surpris et curieux.

    - Plume Sombre c’est moi, Fleur de Nuit ! miaula la chatte, tandis qu’une griffe étrange lui lacérait le cœur de l’intérieur.

    - Fleur de Nuit est morte ! feula Plume Sombre la fourrure hérissée.

    - Tu parles ! Elle nous a plutôt abandonnée et est partie vivre avec ces idiots de chatons ! >> cracha Cœur de Glace, moqueuse.

    Plume Sombre bondit sur sa camarade. Il tenait sa patte sur la gorge de la guerrière grise et blanche. Leur camarde de patrouille poussa un cri mais ne bougea pas.

    << Fleur de Nuit n’était pas une lâche. Et mes chatons ne sont pas des idiots ! >>  feula-t-il son museau contre celui de la chatte.

    Il la relâcha et fit de nouveau face à la femelle noire, tandis que Coeur de Glace se débarbouillée à coups de langues en pestant à mi-voix.

    << Comment connais-tu l’existence et Fleur de Nuit, et que nous veut tu ? continua le félin.

    - Plume Sombre tu ne me reconnais dont pas ?

    - Comment pourrais-je te reconnaitre, idiote. Tu à une fourrure luxueuse et un ventre bien rond, tu n’es qu’une chatte domestique !

    - C’est vrai les Sans-Queue me retenaient prisonnière mais c’est bien moi. >> Elle s’avança et lécha la joue de son compagnon.

    - Fleur de Nuit ? bégaya-t-il en humant l’air. Où était-tu ? Où sont nos chatons ? >> Elle se frotta à elle en ronronnant. Cœur de Glace lui lança un œil mauvais.

    << Et bien dit donc ! Rentrons donc au camp, les autres vont être ravie de savoir qu’on ramène une chatte domestique ! >> bougonna la femelle gris et blanche en prenant la tête du groupe.

     

    A leur entrée au camp, la clairière était vide, seul une ombre était perchée sur le Gros Rocher et contemplait la clairière vide. Plume Sombre qui n’avait pas quitté Fleur de Nuit d’un pas s’avança vers l’ombre et bondit à ses côtés, ils échangèrent quelques mots tandis que Cœur de Glace restait avec la guérisseuse. Elle se pencha vers la femelle gris foncée.

    << Lune Noire, va avertir Fleur de Papillon que nous avons retrouvé son apprentie. >> En disant le dernier mot elle jeta un œil mauvais à Fleur de Nuit. Celle-ci ne releva pas l’insulte dissimulée, elle était perdue dans ses pensées. Comment allait-elle annoncer à Plume Sombre la perte de leurs chatons ? Avant qu’elle ne puisse y réfléchir, ce dernier revenait escorter par Ciel d’Orage. Le meneur noir semblait aller beaucoup mieux, il avait retrouvé vigueur et force.

    << Fleur de Nuit ? C’est bien toi ? murmura le chef en enfouissant son museau dans le cou de sa fille. Tu m’as tellement manquée. Où était-tu ?

    - Prisonnière chez les Sans-Queue. >>

    Elle s’interrompit, plusieurs félins s’approchaient d’eux, sans doute alertés par les bruits de voix. Fleur de papillon était avec eux. La femelle écaille se précipita vers Fleur de Nuit.

    << Fleur de Nuit ! Où était-tu ?

    - Chez les Sans-Queue. Ils m’ont enlevés et retenues prisonnière. >>

    Plusieurs cris d’indignation fusèrent de toute part.

    << Des San-sQueue ?

    - Prisonnière ?

    - Il t’on maltraitée ? Enfermée dans une boîte ? >>

    D’une ondulation de la queue, Ciel d’Orage leur fit signe de se taire.

    << Raconte-moi, ma chérie. >> miaula le meneur en plaçant sa queue sur ses épaules pour l’entraîner dans son antre.

    La guérisseuse, un peu bouleversée de revoir tant de monde d’un coup. Elle avait la tête qui tournait. Son père tapota du bout de la patte sa litière. La guérisseuse s’y laissa tomber, elle était exténuée. Ciel d’Orage s’assis près d’elle et lui lécha le front. La femelle au pelage noire  émit un léger ronronnement Elle cligna plusieurs fois des yeux pour éviter de s’endormir.  Elle se mit à raconter tout ce qu’il c’était passé, sa capture ses chatons puis sa fuite, enfin avec quelques modifications, elle ne lui parla pas de Fleur Douce ni du fait qu’elle n’avait pas forcément  enfin de revenir.

    << Et donc, dès que j’ai pu je me suis enfuie mais je n’ai pas pu emmener mes chatons. >> conclut-elle enfin.

    Ciel d’Orage se colla à elle et se mit à lui lécher doucement l’oreille en ronronnant. Épuisée et à bout de forces la guérisseuse ferma les yeux et se laissa bercer dans un doux et profond sommeil.


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